Le magazine antillais de la famille

Extraits choisis de l’hommage d’un fils à sa mère

Figure emblématique de la littérature guadeloupéenne, Ernest PÉPIN a pris une nouvelle fois la plume pour, cette fois, rendre un hommage émouvant à sa maman qui célébrait ses cent ans le 9 novembre dernier. Nous vous proposons quelques extraits de la lettre lue par Ernest PÉPIN lors de cette cérémonie.

Ma chère maman

Aujourd’hui c’est ton jour. Un jour rare, un jour précieux et finalement un jour heureux. C’est en tout cas pour nous tous, tes parents, tes amis, le plus beau des jours tant il nous semble que Dieu en personne est venu parmi nous.
Je voudrais te dire merci pour chaque grain d’amour que nous avons reçu de ton cœur. Merci pour chaque poignée d’amour que nous avons reçue de tes mains. Merci pour chaque goutte d’amour que nous avons reçue de tes yeux. Grand merci car tout ce qui pouvait être donné tu nous l’as donné sans hésitation, sans bégaiement, sans réserve ni restriction. On peut se demander aujourd’hui comme hier comment tant d’amour a pu sortir d’un si petit corps ? Comment tant de miracles ont pu être accomplis à partir de ton puit ? Comment tant de merveilles ont pu jaillir de ta vie ? La réponse est simple ! C’est le corps dévoué d’une mère. C’est le puits insondable d’une mère. C’est la vie miraculeuse d’une mère.
Aujourd’hui, tes enfants sont réunis, tes petits-enfants sont rassemblés, tes arrières petits-enfants sont sollicités, pour t’offrir en retour la bénédiction que tu mérites. Car avoir cent ans est une véritable bénédiction, un cadeau énorme du ciel, un don ineffable de
Dieu. Qui aurait pu prédire un tel destin ? Qui pourrait imaginer une telle longévité ? Qui pourrait rêver un tel enchantement ?
Chère maman tu as traversé le siècle et pourtant rien ne fut facile !
Née d’un père tué au cours de la première guerre mondiale, il t’a fallu vaincre la misère de tes débuts malgré le dévouement indicible d’une mère admirable, hélas trop tôt partie. Tu as connu la 2de guerre mondiale, la pire de toutes. Armée de ton Brevet Supérieur, tu as découvert tes premiers postes d’enseignante. Et tu t’es mariée. Le père
n’était pas toujours facile car beaucoup d’hommes étaient des despotes tout puissants, il t’a fallu traverser des nids d’épreuves, d’humiliantes déconvenues, de sordides passages. Et pourtant tu as tenu bon contre vents et marées. Une mère n’abdique pas ! Elle fait front. Elle résiste. Je crois que c’est là ta plus grande victoire : de
n’avoir jamais abdiqué. Ni contre les coups du sort, ni contre les maladies des enfants, ni contre les erreurs des enfants, ni contre quoi que ce soit ! Roc inébranlable, tu nous as donné, malgré tout, une enfance heureuse sublimée par l’amour des livres et du savoir, auréolée d’une excellente éducation. Pour tout cela je veux te dire merci. Un merci appuyé par tous tes enfants, tous tes petits-enfants, tous tes arrières petits-enfants. Nous faisons pour toi la corbeille des ans et nous te l’offrons. Nous t’offrons en ce jour béni, la guirlande des années. Le feu d’artifice des souvenirs aussi. 
Je me souviens de ta main tenant la mienne sur les routes de Castel quand nous allions chercher un transport en commun. Je me sentais fort, puissant, en sécurité pour tout dire. Je me souviens de la rue de la prison où nous avons grandi et où marchait la poupée automatique ramenée d’un voyage par Lili Bégarin. Je me souviens de ta main bienveillante qui me conduisait à Pointe-à-Pitre chez Mr Heppée pour prendre des leçons de violon. Je me souviens de tes premières leçons de conduite automobile avec une deux chevaux neuve immatriculée 7 K.B. A ce sujet, je voudrais souligner que tu réalisais là un bel acte d’émancipation. Lequel fut achevé avec ta volonté de divorcer ce qui t’a permis de jouir de ton premier congé administratif à Bordeaux où je faisais mes études. Ce fut pour moi une année de rêve car jeune marié tu m’as offert une merveilleuse Fiat 132 dont mes amis se souviennent encore. Je me souviens de tant de choses et notamment de ton émouvant départ à la retraite pour lequel j’avais fait le voyage de la Martinique vers la Guadeloupe. Tant de choses qui ont rythmé nos émotions, nos parcours et nos vies. Tant de choses inoubliables, tant
de choses ineffables, tant de choses indicibles. Je crois qu’il y a dans toute mère une patience inépuisable, une résistance inlassable, un vouloir insatiable. Autant de qualités que tu as du multiplier par cinq et peut-être par mille si l’on compte tous les élèves que tu as formés. Tous ne sont pas présents aujourd’hui mais tous se souviennent de toi avec gratitude.
Je crois qu’en tout être humain, il y a un enfant qui crie maman et qui voit sous ses pas s’allumer les étoiles fabuleuses que sème la bonté.
La bible en sa sagesse répète : « dîtes seulement une parole et vous serez sauvé. », paraphrasant la bible j’affirme : dîtes seulement un mot et vous serez sauvé. ». Ce mot veut tout dire, tout guérir, tout accorder. C’est le mot « maman ». Il est à lui seul le sésame du cœur, le repère indiscutable de l’émotion, la boussole aimantée de l’amour.
Chère maman, tu nous as tout donné y compris le sentiment d’être unique car chacun de nous a reçu sa part de miracle quotidien. Guy-Claude, Thérèse, Marcelle, Marie-Erneste. Nous avons tous reçu, bien reçu, abondamment reçu et notre reconnaissance est éternelle.
Aujourd’hui c’est l’anniversaire de tes cent ans. Nous voilà tous rassemblés autour de toi comme on se rassemble auprès d’un baobab tutélaire. Les enfants, les petits-enfants, les arrières petits-enfants, la famille, les amis, les anciens élèves. Tous unis, poussant tous le même cri : « Merci ! ». Tous rêvant le même rêve qui veut que ta vie soit encore plus longue car Dieu ne t’a pas seulement accordé la longévité, il t’a gratifié d’une bonne et belle santé.
Ma chère mère, Bon anniversaire et Gloire à toi ! Que tu sois bénie !

 

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