Le magazine antillais de la famille

La place de chaque enfant dans la famille

Exit l’époque où l’aîné détenait la place de choix dans la fratrie et héritait d’ailleurs d’une part dominante du patrimoine familial tandis que le cadet entrait dans les ordres. Le rang de naissance détermine quelques contours du rôle de chacun mais au-delà, il influence leur personnalité selon les spécialistes. D’autres facteurs viennent interférer entre le vécu des parents, une grande différence d’âge entre les enfants, le handicap d’un enfant … C’est à vous, parents, qu’il incombe d’aider vos enfants à trouver leur place en restant simplement à leur écoute et en valorisant leur individualité. C’est en étant attentif aux détails du quotidien que vous pouvez décoder des expressions, des comportements de leur part qui vous aideront à les comprendre afin que vous soyez à même de les laisser occuper la place qui leur convient. Catherine MAQUERE, psychothérapeute et psychanalyste, nous livre les clés d’une famille unie. Maya SAMMOUR, nous fait part de son témoignage en qualité de Conseillère Principale d’Education et maman de deux jeunes enfants.

L’aîné

A sa naissance, le couple devient une famille. Les nouveaux parents font leurs premiers pas avec ce nouveau-né tant attendu et sur lequel ils fondent tant d’espoir. Cette projection débute dès le début de la grossesse avec la préparation à l’accouchement, l’achat de livres, la consultation d’articles pour détenir toutes les clés d’une “bonne éducation”

Au fil des mois, parents et enfant s’apprivoisent, cherchent à se comprendre, les nouvelles règles de vie s’établissent, le nouveau mode de vie se calque aux besoins de bébé (un rdv médical pris tôt dans la journée pour éviter de trop traîner dans la salle d’attente ; des sorties programmées en fonction des repas et siestes de bébé...). Jamais vous ne vous seriez fait surprendre, avec le premier, par cette boite de lait presque vide pourtant encore pleine il y a moins de 48h !

Le nouveau rythme s’installe, lentement parfois, mais surement, en prenant soin de respecter les besoins de chacun. “Tout” tourne autour du premier, qui pour l’instant est seul... Vous le savez, mais lui aussi le sait, le voit, le ressent. L’aîné, souvent façonné à l’image de ses parents, sort rarement des sentiers battus ; il est émotionnellement souvent très sensible à ne pas les décevoir. Quelle charge importante d’être le PREMIER, après tout...

Le cadet
Témoignage Maya Sammour

“Le savoir nous permet, à nous parents, de mieux appréhender les réactions de notre enfant, qu’il soit unique, aîné, deuxième second ou dernier. Intéressons-nous au deuxième de la fratrie. Il n’est ni l’aîné, ni le benjamin. Il a été désiré ou est venu par surprise, il a été très attendu aussi par le plus grand, impatient d’avoir enfin un compagnon de jeu, comme le copain d’à côté ! Mais tout ne se passe pas comme prévu... Pour personne...

Voyons cela de plus près...

Si l’aîné a ce pouvoir universel de transformer un couple en famille, le deuxième ne vient “que” l’agrandir. Un de plus, vous direz-vous, ça ne change rien puisqu’on apprend surtout avec le premier enfant.... Les parents de plusieurs enfants ne seraient sans doute pas d’accord... Et pour cause ! Le deuxième arrive dans cette famille aux règles préétablies auxquelles il devra se plier... Il n’a donc déjà définitivement pas cette faculté de faire les autres s’adapter à lui, mais bien l’obligation de s’adapter, aussi jeune soit-il, au fonctionnement de son foyer.

Cela fait déjà une grande différence, et ne cherchons pas de coupable. Les termes mêmes de PREMIER et DEUXIEME évoquent très spontanément dans notre esprit un “classement”... mais plus encore, ce classement peut être vécu dans les fratries comme une concurrence, voire une rivalité (chamailleries, cris, refus de prêter de la part d’un aîné pourtant si impatient d’avoir ce petit frère ou cette petite sœur il y a encore quelques semaines !). C’est à n’y rien comprendre, et pourtant... Non, vous n’êtes pas seuls à vivre cela !

Le deuxième dénote de l’aîné. Il s’écarte souvent du modelage confectionné pour l’aîné et se distingue sur plusieurs plans. Physiquement différent, mais scolairement aussi, il fera des choix différents, inquiétant d’une manière plus forte ou différente ses parents, qu’il s’agisse de sa vie professionnelle ou même personnelle. Il y aura davantage de tempêtes émotionnelles dans la relation parents/ deuxième que dans celle liant les parents à l’aîné. Chacun s’en fera son opinion.

Si le deuxième n’a pas ce privilège de créer autour de lui cette émulation de nouvelles règles de vie comme le premier, il aura néanmoins un autre privilège, à part celui de nous (re)convertir en parents arbitres à vie... :
En se cherchant plus longtemps, sous l’œil interloqué de ses parents mais aussi bienveillant, et cette fois, au grand dam de l’aîné, le deuxième saura, lui, faire bouger leur curseur de tolérance, de compréhension et d’acceptation.” Nous pouvons dire que le deuxième a un caractère bien trempé. N’auriez-vous pas le même si vous aviez dû faire votre place dans un foyer déjà fondé ? Le deuxième cherche sa place, parfois indéfiniment, au grand dam de ses parents, abasourdis de tant d’émotions en montagnes russes. »

La position de “l’enfant du milieu”

Entre l’aîné, qui cherche à plaire à ses parents et le benjamin pour lequel leur regard est considéré plus bienveillant à ses yeux, le cadet peut se sentir incompris voire négligé. Il faut reconnaître une part inconsciente d’une sensation de perte de place de la part du cadet qui doit réajuster sa position au sein de la fratrie ; il doit bien souvent se caler au rythme de l’aîné ou du petit dernier pour les horaires de repas ou de coucher, par exemple. Cette sensation peut être exacerbée quand l’écart d’âge entre les enfants est réduit car il peut être affecté par un manque de besoins affectifs à la naissance de ce nouveau venu s’il n’a pas le temps de se construire émotionnellement. Le ressenti sera différent si la différence d’âge est plus importante ou pour un cadet du sexe opposé des autres enfants ! Et oui, parents, avouez que vous auriez tendance à choyer une petite fille au milieu de deux garçons ou un garçon placé entre deux filles ! 

Le benjamin

Cette notion de tolérance se confi rme avec le petit dernier qui bénéfi cie généralement de beaucoup d’indulgence de la part des parents. A l’inverse de l’aîné qui “essuie les plâtres”, le petit dernier a généralement plus de libertés. Les parents, vous avez conscience qu’il s’agit du dernier enfant. N’avez-vous pas tendance, même inconsciemment, à le maintenir dans un état infantile pour le garder avec vous dans le foyer un peu plus longtemps ?
Ce petit dernier se montre plus enclin à prendre des risques car il est habitué à faire ce qui lui plaît. Toutefois, n’ayez crainte pour son avenir ; il semblerait, que grâce à leur ouverture d’esprit, les benjamins s’orientent souvent vers des métiers liés à la création (architecte, écrivain, arts …).

L’enfant unique

Grandir sans frère et sœur ne constitue ni un handicap, ni un atout si l’enfant ne fait pas l’objet d’une attention démesurée des parents. Un enfant unique doit sentir votre soutien sans pression ou exigences du fait de son statut. Votre attitude à son égard va participer à son épanouissement : vouloir le surprotéger en le contrôlant en permanence peut soit lui conférer un sentiment de toute puissance et nuire à ses relations extérieures, Construire un lien exclusif avec votre unique ti moun, objet de tout votre amour, peut provoquer la confusion des rôles, le perturber dans son statut d’enfant et ainsi le faire grandir trop tôt. L’entrée en crèche, puis à l’école, le contact avec d’autres enfants (cousins, voisins, copains) lui permet de gérer sa place au sein d’un groupe en dehors de la sphère familiale. N’ayant pas de potentiels concurrents à la maison, l’enfant unique se montre généralement plus sûr de lui.

Les jumeaux, les triplés, des frères et sœurs comme les autres ?

L’expérience de la gémellité fascine mais ne s’avère pas de tout repos en termes de tâches quotidiennes et d’émotions. Leur ressemblance, le manque de temps à leur consacrer peuvent amener à les considérer comme une seule entité. Cependant il est important de préserver leur individualité et de leur permettre de développer leur propre personnalité. Là encore, la facilité peut inciter les parents à prévoir simplement tout en double. Mais il est plus sage de les différencier par l’habillement, par la pratique d’activités différentes et de les placer dans des classes distinctes à l’école. Vous leur évitez ainsi la pression induite par des comparaisons constantes sur leurs aptitudes respectives. Si les jumeaux développent une véritable complicité, semblable à celle d’un couple, il est pourtant fréquent qu’ils ressentent le besoin de se rapprocher d’un tiers (un ami, autre enfant de la fratrie) qui fait alors office de soupape de décompression.

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